jeudi 21 juillet 2011

lundi 18 juillet 2011

Détroit Michigan 1929







John Stanley Tute



 book, "Holy times and scenes. 2", by John Stanley Tute, is a replication of a book originally published before 1846. It has been restored by human beings, page by page, so that you may enjoy it in a form as close to the original as possible. This book was created using print-on-demand technology. Thank you for supporting classic literature.( site Amazone)




vendredi 15 juillet 2011

le Shu au CHU...

Certaines rencontres restent énigmatiques. Pourquoi se sentir tellement à l'aise avec certaines personnes comme s'il était possible de les connaître depuis toujours ou depuis si longtemps ! Nous nous disions cela avec des amis proches, il n'y a pas si longtemps d'ailleurs.
Le contact d'âme à âme enveloppe de mystère certains passages de la vie et donne clarté à ce qui devenait habituel ou terne. Comme la corolle d'une fleur qui s'ouvre sous les rayons du soleil ou la petite herbe timide qui jaillit d'une fissure dans le béton.
Nuit. Hôpital. Le blanc dans le noir. Accueil d'un malade. Brancard, chambre nue. Inventaire. Vêtements sombres, cape noire. Chaussures noires. Soutane noire. C'est un prêtre, c'est assez rare d'accueillir un père, un moine ou un abbé : à croire qu'ils ne sont pas souvent malades ou qu'ils sont peu nombreux... Il est beau, rayonnant, empli de charisme et confiant et il nous arrive de réanimation. Je me dis à ce moment là qu'il ne sait pas encore ce qui l'attend... Mais il vient pour être soigné et guéri, délivré de ce mal qui le ronge. Comme tous nos patients... cette nuit un malade me disait " parfois les patients ne sont plus patients, il faut comprendre, c'est si difficile d'être ainsi allongé, comme en attente, comme mort au monde, absent de la vraie vie et l'espoir parfois s'amenuise. "
Il a eu de la chance, c'est vrai, mais pour lui, on pourrait plutôt dire " la providence veillait" ; il faudra du temps à son corps pour reprendre force mais il a échappé au pire. Longues semaines d'attente: repos, examens, diagnostics, évaluations, désévaluations, crispations, luttes, abandons, recherches et bilans. Entre le corps du patient et le corps médical un ballet se joue, une danse presque lugubre et monotone avec des sursauts de légèreté et d'effervescence.
Jusqu'à la sortie qui donnera suite à la rééducation, évidemment ! L'hôpital ressemble alors à l'antichambre de la mort et c'est une lutte incessante que livrent les médecins.
Des semaines longues comme des nuits d"hiver, des heures infinies de morosité entrecoupées de soins, de visites d'amis, de vide, d'absences, de dialogues avec des proches, heureusement ; la communion apportée par un confrère devient viatique ! "Il y a toujours au bout de la nuit une petite lumière qui brille..."
Des journées qui se déroulent comme le fil des Parques, comme le fil d'Ariane en un temps hors du temps ; en un labyrinthe d'éternité ; des instants de portes qui claquent, de repas froids, tièdes ou sans attrait, d'incompréhension. Le personnel s'interpelle dans le couloir, les soignants vous "soignent" et parlent au-dessus de vous comme si vous n'existiez pas. Les sonnettes qui ne s'arrêtent pas de sonner dans les chambres, les téléphones, les talons qui pointent, les pas, les pas, les pas qui n'en finissent pas.
Réveillé toutes les 2 heures la nuit : dextro oblige.... Et surtout le bilan de 5 heures avant l'éventuelle hémodialyse.
Le patient devient le témoin du vide spirituel hospitalier, du désespoir parfois de certains soignés ou de certains soignants ; le témoin de la misère humaine, des conflits et des querelles ; des peurs et des non-dits.
Il devient également le témoin de cette traversée des ténèbres obligatoire jusqu'à aboutir enfin à la lumière d'un nouveau matin : celle de la sortie de l'hôpital. Ce jour devient pour le patient celui du premier matin de la Pâque : c'est une résurrection, une nouvelle vie qui commence.
Aller jusqu'aux portes de la mort et en revenir fait de chaque patient un Lazare, un témoin de ce vide et de cette obscurité qui happent le malade lorsqu'il se retrouve seul, allongé sur son lit blanc, blanc de cette glaciale odeur de l'hiver, blanc de ces fleurs inodores ; et ces murs si blancs, si fades qu'ils ne ne recèlent plus ni chaleur ni clarté. Mais  les patients se sentent parfois agressés par trop d'odeurs ou de couleurs !  l'infirmière trop parfumée, l'aide-soignante trop maquillée,  les effluves de tabac,   l'arôme du café chaud ; le patient est à jeûn pour la prise de sang  du matin... 
 Le soignant remonte du froid, du hall d'entrée, est allé fumer sa cigarette,  se "pose" alors la pause devient conflictuelle si la sonnette se met à "sonner ! C'est l'heure où l'on "s'écroule" quatre heures du matin, l'organisme s'appesantit. Celui ci joue à l'ordinateur attendant le dernier tour, celui là révise ou étudie, on s'occupe, lecture, discussions, et s'amuser parfois, tellement de rires, de blagues besoin de soupapes.
Parfois un sourire, un geste, un oiseau qui chante au -dehors et qui arrive à percer les murs d'opacité ; une petite lumière vive qui perce la neige de ce château de la reine au manteau de vide. Parfois un dialogue s'instaure qui va au profond du coeur et qui génère une belle joie, le partage entre deux êtres humains. Parfois la main serrée, la main tendue qui donne du courage, le mot qui permet de tenir encore et encore pour se sortir de là, de ce bourbier où l'on s'enlise, de ce désespoir qui s'agrippe à l'âme et la laisse épuisée.La gentille et douce infirmière qui vient relever ses constantes avec calme,
Parfois, l'envie de jeter des pierres dans la télévision qui crie jour et nuit. Parfois le désir de s'enfuir, en chemise d'hôpital, blanche bien sûr. Et ne plus supporter cette couleur... Le blanc, si blanc que l'on ne voit plus rien au travers, le blanc comme un trou sans fond, le blanc comme un fantôme qui nous enserre...
Et pourtant, rire ou parler, être vrai, humain et pourtant, c'est si bon d'être hospitalisé lorsque seul l'hôpital peut trouver la solution ! Et pourtant, c'est si bon quand l'homme retrouve la confiance et l'espérance.
Certains rencontres restent énigmatiques, je me souviens d'un poème, de certains patients étrangers avec lesquels nous parlions par gestes, de titres de livres échangés, de chansons ou de prières dans la chambre sans fleurs ni bonbons mais emplie de bonheurs. Je me souviens de certaines morts aussi qui laissent le coeur en friche, quelle tristesse ! Je me souviens des regards, on dit que les yeux sont le reflet de l'âme. Oui, les regards demeurent longtemps après...

vendredi 20 mai 2011

Fosse 3 Méricourt

J'aimais, assise dans le jardin inondé de fleurs violettes et bleues, poussant la balançoire qui grinçait, regarder cette roue du chevalement qui tournait et montait, descendait... Elle grinçait également. On entendait aussi une sirène stridente. Puis d'un opaque silence montaient des voix et des bruits de pas.
L'école n'était pas loin, incrustée entre l'église, le presbytère et les corons. Une école sévère, ornée de marronniers. Je dis ornée car ils étaient là, comme une belle parure, dans cette cour cimentée, aux hauts et longs murs qui faisaient frissonner. Oui cette idée d'être enfermée était grinçante elle aussi.
J'aimais tant me lover contre le tronc de l'arbre, lui seul entendait les histoires que je m'inventais : cette maison blanche avec un piano et la longue dame qui jouait dans le soir qui tombe ; cette bibliothèque mystérieuse aux douces boîtes à musique et les albums d'images sur l'étagère de bois de noyer sculpté ; les livres de cuir emplis de photographies qui s'ouvraient au son d'une lente musique, les pages emplies de féeries, de naïves espérances, de ces sortes de voyages que l'on ne connaîtra jamais. . Ah! j'aimais tant rêver et imaginer d'autres mondes, un monde où j'aurai le droit de vivre, un univers où je n'aurai pas peur, un silence qui serait si beau, comme une pluie d'étoiles.
Les visages, les portraits dans leurs cadres dorés, de bois, argentés, posés sur les meubles vieillots et précieux en une tendre succession de dormitions insoupçonnées me regardaient chaque jour et j'imaginais qu'ils étaient là, avec moi et je les écoutais parler, la nuit, lorsque tous dormaient sous la lourde couette de plumes d'oies.

extrait le jardin des enfances

"... Sur la nuque errante des collines se posent les ailes des signes pluvieux. Le gazouillis du lilas poignarde l’obélisque liquide. Un poivre d’oasis pimente la lente migration des herbes fruitières.

Sous la figure blême du matin, se dressent les barrières des jardins.

Un chat se montre à une fenêtre. Un enfant roule à bicyclette sur la route poudreuse. Il n’y a aucune animation dans les rues. Tout semble désert. Il fait certainement trop chaud. Où il n’y a personne.

Là où l’inconnu qui observe emprisonne les détails et dénie tout oubli, nous pouvons laisser, inexploré, l’insolite rêve de l’enfance car les oreilles lointaines de nos ancêtres sont sourdes à nos puériles insistances. Et plus personne ne peut raconter l’histoire de ce pommier, de ce fleuve, de cette route. La mémoire est devenue indécise. C’est peut-être mieux ainsi. Chacun peut alors créer sa propre histoire. Le lieu devient inaugural.

Immobile pénombre. Éphémère clarté. Tout se succède, se complète et se ressemble. Pour un arbre de neiges, de ronces, d’écailles en roses d’anthracite, quand s’éparpillent les cris des enfants qui s’éloignent. Combien de silence faudrait-il encore pour que tombe la pluie ?

C’est au croisement du carrefour qu’apparaît la lueur innocente d’une robe d’enfant qui danse. Un peu plus loin, se dresse le mur du verger.

Lorsque perle sur les lèvres entrouvertes le lait vernal, et qu’ondule dans le regard l’ivresse des lucioles d’or, tu parviens à l’épilogue d’une histoire mais tu ne peux méditer, là où jadis, résonna l’écho des canons. Là où jadis, les étrangers furent insultés. Tu peux juste graver la beauté d’un geste, la courbe d’un espace, la magie d’une plante et c’est bien cela qui importe. Le reste, au demeurant, semble superflu. Il ne servirait à rien de méditer, de songer quand il suffit de voir et de regarder pour découvrir l’immuable.

Ce sont les silencieux qui attirent la pluie sur les plaines du Nord. Il y a ici, comme un peu plus de tendre discipline : les herbes s’accrochent aux grillages en une harmonie de formes, les branches des pommiers épousent l’enceinte de pierres. Il y a là le goût de l’homme de se tenir en repos. Comme une particule d’immortalité. ... "