Ce serait un jardin de longues envolées Une entrée dans le pays natal où respire l’Infini La tranquille et lente remontée vers le visage de l’Intime Un creux dans le silence murmuré d’une éternité Tu ne peux confondre le vent venu des horizons lointains Et le souffle naissant du pays des enfances. Véronique Guerrin ( Je vous remercie de me prévenir si vous voulez utiliser textes ou images qui sont ma propriété.)
mercredi 7 janvier 2015
dimanche 4 janvier 2015
des lignes noires et blanches
Le jour la nuit des lignes blanches et noires la route qui
s’enfonce dans le lac
L’oiseau si sombre ne peut s’envoler ; il a peur de la
mer aux immenses vagues
La couleur noire est si lourde, elle pèse sur les plumes,
empèse l’espace,
Les vagues viennent si vite, comme expulsées hors de l’écluse
Portes ouvertes le barrage a cédé
Comment lutter encore ? Tout est emporté et elle, elle
flotte,
Bout de bois qui voudrait hurler, le cri de Munch, et
pourtant, qui entend ?
Personne n’entend ; Dieu se tait, il se cache, les
animaux se taisent,
Dieu est comme l’oiseau aux ailes de nuit
On le confond avec la terre obscure
On pourrait marcher sur lui on ne le voit pas
Tout est noir opaque et tu t’enfonces
Zone intermédiaire ; tant de cris et de larmes,
Narcisse s’enfonçant dans son propre éclat
Léopoldine flotte sur l’eau, rêve au fond de l’eau,
En un linceul humide qui la berçait peut-être ?
Tout ce qui nous entoure pourrait n’être qu’un décor
Des corps de douleurs et de tendresse
L’oiseau aux ailes de nuit s’égare, je m’égare
Où est la gare ? Les trains sont rouillés, abandonnés,
La voie du chemin de fer : No Mans ‘Land.
Le monde est sans ordre, tout s’oppose à la représentation
Les images mettent de la distance entre toi et le monde
Elles cloisonnent aussi, parfois éveillent ou libèrent
Elles portent en elles notre limite, celle qui témoigne
Dieu est fragile Si tu aimes son éternité,
Tu déclenches la chute de Troie
Cassandre est seule infiniment comme Anne sur la plus haute
tour
Narcisse se perd en son propre néant
Peut-on vraiment n’être rien ? S’anéantir dans le rien
Et passer de l’autre côté du mur
Tu tournes et marches le long du mur
« Où est la porte ? » se demande Alice et
elle tourne et tombe
La voix qui parle imite irrite n’explique rien
L’enfant ne peut même pas pleurer Sidération
Des lettres aux enveloppes ouvertes sont éparpillées,
Tiroir ouvert, lettres profanées,
Des mots d’hier, encore inépuisés,
Désirs perdus en un puits de songes creux,
Tu marches et tu t’épuises, comment sortir du labyrinthe ?
Tu dors et tu rêves, tu attends et tu ne sais vraiment pas
Ce que tu attends ! Mais attends-tu quelque chose ou
quelqu’un ?
Le soir s’essouffle dans le jardin au vent glacial,
Les enfants de septembre se sont perdus sur la lande
Aux pierres brisées, le mausolée a été englouti et toi tu n’as
rien trouvé.
Dans les églises vides, paix sur la terre ! Les hommes
se dévorent,
Cannibales féroces, les avions explosent, les navires sont
en perdition,
Et lui, il marche, seul, solitaire, sur le jeu d’échecs,
Noir et blanc, mat, échec et mat !
Jeu de cartes, le cœur et le pique s’affrontent, moi je
jette le joker !
Des pierres gravées, le disque de Phaistos et des signes
magiques,
Tout est magique dans la poussière du rire des anges,
Une étincelle du paradis qui embrase le ciel.
Dans la rue des obscures boutiques, monsieur Modiano se
promène,
Et moi j’aime à le lire, dans le bus, dans le métro,
Là où jamais il ne viendra regarder les errants qui passent.
Sous la terre, je ne respire plus, je m’enfonce en un
brouillard irréel,
Les gens deviennent des formes vides, qui bougent lentement,
Dans la brume, leurs visages sont autant de stigmates,
Et le métro fonce à toute allure, il fait bien trop noir,
Je glisse sur l’échelle rouillée, je m’agrippe aux barreaux
glacés,
Tout en bas, des pommes de terre et des carottes,
Ça sent la terre humide, le tombeau, il fait bien trop noir
Dans la chambre, il y a trop de sang sur le drap.
Sans le rire des enfants, la journée ne fait que s’étirer,
Du matin au soir, dit mon amie au cœur lourd, et sans
lumière,
Moi qui suis-je après tout pour écouter et comprendre ce qu’elle
me dit ?
La poupée est si grande dans le coin de la pièce, elle m’effraie
parfois,
Tellement statique, rigide, inhumaine.
Mais les poupées ne sont pas humaines de toute façon,
Elles ne sont que des effigies, de pâles répliques, des
statues
De cire, de plastique ou de bois. De futures reliques.
Une grotte ou l’eau d’une pluie diluvienne s’évapore,
Dans le creux des feuillages, embaume le lilas.
Si la mort n’est pas étouffante, elle est voyage
Sur la rivière des parfums, sieste dans un sampan de bois,
Les cacahuètes brûlantes sur le sol, il pleut,
Il ne cesse de pleuvoir, mon cœur est heureux,
Personne n’est triste. Le jour, la nuit, des lignes
blanches,
Des lignes noires et le silence.
mercredi 31 décembre 2014
Meilleurs Voeux pour 2015
mardi 23 décembre 2014
dimanche 21 décembre 2014
Les anges frissonnent
Les anges frissonnent dans la haute forêt
Il faudrait croiser le long du chemin les clochards porteurs
de trésors
Ce sont eux qui marchent dans les rues des cités,
Sur la surface bouleversante de la terre
En un labyrinthe ou une marelle,
jeu de pas, ou jeu de dés, jeu des hommes,
Lancer les pierres sacrées dans le cercle magique
Dans le ciel, les oies se sont envolées
Aux fenêtres des maisons, des sapins illuminés
Que veut dire Noël aujourd’hui ?
Dans la tempête, lutte le navire, un homme attaché à sa
proue,
Mr Turner comme un autre Ulysse,
Lové dans la clarté et l’intensité de la lumière,
Aux vagues d’un ciel qui tremble, une voix qui chante
Vivaldi,
Arias qui s’élèvent parce qu’ils dénudent les tombeaux
La mort est morte, disait une femme dans le vieux cimetière,
L’église est fermée, les vieilles pierres se meurent de trop
de silence
Où est ton feu ô vie afin qu’il brûle et détruise le mal rongeur,
Ce rat stérile qui se cache dans l’ombre, les poules sont
effrayées
Dans le poulailler à la vielle échelle rouillée.
Dans la flaque gelée, l’enfant voit son reflet,
Le chat joue avec les flocons de neige, qui parle là-bas,
entre les tombes ?
C’est une fillette aux cheveux tressés,
elle porte dans un panier des bouteilles emplies de larmes,
va les vider dans le lac
Une vieille femme attend devant le lac glacé, elle cherche
son frère disparu
Le grenier de la maison est en feu, les pages des livres se
tordent,
Les flammes s’élancent traversent le jardin au saule
pleureur
« Si tu veux pleurer prends mes yeux » écrivait
Shakespeare
Je ne sais que le silence aux gouttes de brume
Dans l’aube qui déchire la nuit
Je ne sais que le prisme coloré qui me fait renoncer au
sommeil
Pour m’en aller cueillir les fleurs des ombres perdues
Et marcher dans le froid matinal,
Dans le jardin pâle de l’hiver.
Ce serait le plus beau sang de l’homme recueilli dans la
coupe d’or
Cette jolie fleur au cœur tranquille, la femme se penche
lentement,
Les oiseaux se sont posés sur la haute branche noire,
Les feuilles lassées de l’automne pourrissent autour du
bassin
Les poissons ne bougent presque plus,
dans l’eau se reflètent les branches nues de l’érable,
sonder son coeur c’est
entendre le cri de l’âme blessée
découvrir la joie des rêves ensoleillés
et pour un jour farouche, gonfler la voile blanche,
le bateau quitte le port, il faut parfois toucher de sa main
tremblante
l’immense linceul de la douleur
pour enfin s’en libérer à jamais,
déposer les linges de l’origine dans le creux sec d’une
solitude
oublier les personnages qui montaient
des étranges sentes dans le brouillard,
dans la patience du matin se ploient les tiges des fleurs
il faut prolonger le regard au-delà des frontières,
des paupières, au creux de ce vertige, le vide…
Et mourir des lueurs entrevues, disparues,
Les lettres déchirées, les enveloppes profanées,
L’avidité de la sorcière qui détruit tout,
Elle tend toujours la pomme empoisonnée,
Une pomme sur deux au banquet est empoisonnée,
Qui va commencer le jeu de la sorcière ?
Où se termine t’il ?
L’étoile chemine dans la transparence, le petit enfant ouvre
les yeux
La lumière triomphe de toute désolation,
Transfiguration de la
tristesse et c’est une mise au monde,
Une renaissance dans le creux du songe, une apothéose, les mains ouvertes,
Dans le miroir, ton dieu te cherche, le vent divise
l’espace,
La chambre est close,
« Le soleil est dieu » disait Turner,
Apollon sur son char d’or, dort encore, pourtant,
Reviendra t-il parmi nous?
déployer les étincelles prodigieuses des poèmes et des flambées,
trois étoiles rouges tombent sur la froide statue dans
l’église perdue,
nous allons mourir de trop de joies ou de trop de peurs
nous allons vivre ainsi, de jardins de fleurs et de
violences éparses,
de ces émotions oubliées ou de nos gloires éphémères,
sur les autres planètes les étranges étrangers vagabondent,
des fusées vont et viennent, les poupées s’entassent,
disloquées,
au fond du puits obscur,
Lala n’est plus, elle s’est allongée dans la terre humide,
A fermé ses longues paupières.
Il faudrait espérer un autre hiver, ne pas glisser sur une plaque de verglas,
prendre chair dans le reniement, qui serait celui qui parle
de consolation ?
Etre trop humain dans ses sueurs et ses tremblements,
Que se taisent les voix inquiètes, la guerre ne viendra pas
demain,
Il y a eu trop de guerres,
la semence est tragique à répandre
Là où l’amour est mort,
le passé est enterré aussi en ces lieux où l’indifférence et les hurlements
se sont unis,
contre tout silence de lâcheté il faut s’insurger
voir en plein jour les fossiles et les momies
qui stagnent dans le cimetière des suffisances,
la pluie lave le cœur, se mêle aux larmes, toutes ces eaux,
un déluge, une inondation, les digues du barrage détruites,
tout flotte, Ganesh écrasé dans la petite fenêtre d’un
temple en ruines,
une mosaïque colorée, vitrail explosé.
Le dernier livre ouvert dans la bibliothèque
livrera le texte de la clôture inachevée.
Le voyageur porteur de cadeaux tressaille dans le jeu
nocturne,
Une résonance inattendue le guide, c’est bientôt Noël,
un ange frissonne au carrefour isolé de la forêt, tient une
lampe allumée,
« c’est une chute dans les heures » écrivait Tvétaïeva
C’est une chute, chut, et que tout entre dans le silence.
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