jeudi 17 mars 2011

Fukushima / Hiroshima


























Il y a quelques semaines maintenant que je me penchais sur Hiroshima, Tchernobyl, z dans un travail de recherches sur l'image des cendres. J'y associais Pompéi, Auchwitz. L'un de mes 'tableaux" s'intitulait " les enfants sacrifiés".
Dans une boite récupérée au CHRU, qui servait de plateau-repas pour le symposium des médecins, j'avais couchée une poupée japonaise sur un lit de cendres... Il me semble que c'est d'actualité. J'aurai pu l'appeler " Fukushima".
Je suis emplie de compassion, de douleurs pour ce peuple " sacrifié " ; quelle immense tristesse en nos coeurs pour ces morts et pour tous les rescapés, pour ceux qui fuient, ceux qui souffrent et ceux qui ont peur ; pour ceux qui ont tout perdus et qui reprennent leur vie en mains, malgré le chagrin ; dans leurs regards, la force et la la dignité. Ils sont nus pourtant maintenant, sans mémoire autre que celle de la tragédie qui est venue, un jour de printemps, assombrir leur horizon et qui n'en finira pas de "polluer " nos jardins secrets.





















dimanche 20 février 2011

un bel homme aux cheveux gris, prince de la blanche nuit





Hôpital, la nuit. Un patient aux longs cheveux gris, pharmacien de formation, audioprothésiste ; racé et élégant, très beau (malgré la chemise informe et livide) et âgé de plus de 80 ans, allongé  dans ce  lit aux draps blancs, anonyme, opéré, fatigué, lassé. On dit " il est sonné par les médocs, il n'est pas connecté, il raconte des drôles de choses !  " 
 Alors comment expliquer qu'il me reconnaisse, et poursuive avec moi une conversation débutée il y a quelques mois lors de son précédent séjour ? C'était sur la résistance, la seconde guerre mondiale et ses itinéraires de jeune étudiant passionné.
Il disait des poèmes de jean Cassou et nous avions même entonné "le chant des partisans " ensemble. "Ami, entends tu le vol noir des corbeaux sur la plaine ?" Il disait que je chantais bien ; que c'était une joie de vivre ainsi ses interludes au coeur de la nuit. 

"les poètes, un jour, reviendront sur la terre.
Ils reverront le lac et la grotte enchantée,
les jeux d'enfants dans les bocages de Cythère,
Le vallon des aveux, la maison des péchés. 

Et toutes les amies perdues dans la pensée,
Les soeurs plaintives et les femmes étrangères,
Le bonheur féérique et la douce fierté
Qui posait des baisers à leur front solitaire. "
Jean Cassou. 

C'est un ancien élève de Vladimir Jankélévitch ! " Vivre à en mourir n'aurait évidement pas de sens si le vivant était impérissable par sa constitution ontologique, s'il était incapable de mourir (ce qui est absurde) et, par la suite, condamné à l'immortalité obligatoire : il vivrait alors pour ses frères sans efforts, sans mérite et sans risques, et il se dévouerait à eux corps et âme aussi aisément qu'il respire : l'abnégation serait une fonction de la vie ni plus ni moins que la circulation du sang dans les artère : le sacrifice serait un acte simple comme bonjour, bonsoir et bonne nuit ! les mots sacrifice, héroïsme, courage, vertu n'auraient plus de sens. "
J'adore lorsqu'il dit " s'ils savaient tous que l'on parle poésie et philosophie ici entre ces murs si tristes ! Ca m'amuse, mon petit lapin ! Mais comme cela pourrait être mieux si nous pouvions être ainsi, dehors, dans un jardin, dans une maison entourés de livres et écouter de la musique. Ah! Comme j'aime la musique".
 Ce patient, si charmant, si beau dans son âge aux ailes d'un hier disparu, ce qui, parfois le chagrine,  a aidé Jankélévitch, l'a nourri lorsque celui ci se cachait dans les caves et les greniers de Toulouse, pendant la seconde guerre mondiale, et qu'il continuait à  donner des cours. Il était d'ailleurs son seul élève à l'époque ! 
Il me raconte " je n'avais pas peur, peut-être de l'inconscience? Je ne sais pas mais non, je n'avais aucune crainte. Comment pourrait on craindre lorsque l'on est enseigné par le plus grand des philosophes de ce siècle?  J'avais confiance et dès que je recevais son billet et l'indication du lieu du cours, je trouvais de la nourriture et je le rejoignais. Beaucoup autour de moi avait peur ! Ils m'expliquaient tellement stupidement comment reconnaître un juif, etc et moi, tout ça, ça me faisait bien rire ! Et puis, je leur disais " moi, j'ai su reconnaître un Juif bien avant vous tous ! ce n'est ni, par son nez ni par  sa barbe mais par son Verbe et son intelligence ! "
" Mon père était prisonnier en Silésie, et, avec ma mère, nous avions tout quitté  pour le Sud et puis,  à Toulouse, Jankékévitch était là, quel grand bonheur ! Jamais il ne me sera possible de l'oublier et je ne le veux pas."

Entre deux phrases, son regard part loin, très loin d'ici, dans le monde infini de la mémoire où l'on demeure jeune et fort, et où rien ne nous fait peur. Il se plonge dans un bain de vie intense et me regarde en souriant, un sourire fin et profond. Sa seule peur est celle de vivre encore trop longtemps car il ne supporte plus d'être séparé de son épouse décédée l'an dernier. "Je voudrai la rejoindre, ici, plus rien ne me retient, le temps s'éparpille, mon coeur s'éparpille ; je veux retrouver la constance et la sérénité. Ici, c'est la solitude, tout s'étire en longues frises de nuages qui n'en finissent pas de s'étirer."

Bon, malgré tout, je précise que je ne ressemble pas du tout à un petit lapin ! Mais il est vrai,  j'adore grignoter des carottes ! Le baise main respectueux de ce monsieur est tellement attendrissant. On devient une dame, une princesse,  une "reine de la nuit" ! Quelle bouffée d'oxygène ! Un autre poème de Jean Cassou pour finir la longue nuit blanche... Et voilà que rien n'est fini ; voilà qu'il a connu Jean Dauby et Froissart éditions. Mais ce sera pour demain, je n'ai plus le temps... 
J'aimerai pourtant bien rester là, au bord de ce lit, dans cette tendre pénombre et écouter cette voix qui conte et raconte. 

mardi 1 février 2011

l'album de voyage d'un médecin anglais





J'ai acheté cet été, en Bretagne, dans une brocante où de nombreux meubles et objets proviennent de grande-Bretagne, un album de voyage magnifique d'un médecin anglais et l'un des passages, le plus important peut-être, est celui de sa vie dans un hôpital à Jérusalem pendant la seconde guerre mondiale. Avec ses explorations de Jérusalem et de ses environs. Cet album est merveilleux, j'aime tant garder ces livres de mémoire oubliés, vendus et revendus, qui attendent dans un vieux magasin poussiéreux...
Il se trouve entre ses pages des lambeaux de précieuse vie, des souvenirs et des parfums d'hier qui me plaisent.
Pourtant loin de moi de connaître la langue Anglaise et son pays ! Mais bon voilà tout, un mystère qui vient de loin...
Des images de voyage que je mettrai en ligne prochainement.
Pour l'instant , deux photographies de la maison de Horsted Keynes. West Sussex. 30 âcres. Et de la famille.

mardi 18 janvier 2011

Vorges, le temps des enfances. Dans l'Aisne, avenue de Vincennes.





Des arabesques végétales tourbillonnent, cherchent l’enlacement des plantes sur les aspérités du mur, les ombres ne se faneront jamais. Au pays de la blanche terrasse, la colline si loin, les tasses de café vides sur la table près de la fenêtre entrouverte, le livre encore ouvert… Et les tours du vieux château qui dorment, dorment encore et à jamais dans le repli de mon cœur.
J’aimerais à jamais cette maison blanche frissonnante au matin de Pâques et les chapelets du muguet du premier mai, ces fragrances nouées au scintillement de la marjolaine dans le jardin des replis, des intériorités spontanées. Les oeufs colorés sous les primevères, le lapin qui s’enfuit, juste une patte blanche… Je l’ai vu, le lapin des matins fleuris. D’ailleurs il a perdu sa corbeille devant le noisetier.
Corps d’aurore emmitouflé dans ce sari primevère : annonce de jouvence ; elle portait toujours ce tissu léger, couleur de violette aux pieds des arbres, cet élégant drapé précieux. Femme vivante, végétale, une Eve à la chevelure ondulante, de bord d’eau et de ciel si bleu… Le brillant scintillant dans le creux de sa narine, et le jaune des pommes dans le panier : « les pommes faisaient rouli -roula… Trois pas en avant, trois pas en arrière… » Tant de clarté et de vives couleurs : un matin ensoleillé aux éclats de vitraux.
Nous portons tous en nous une maison trop blanche dans la fraîcheur du matin, un bol de petit-déjeuner oublié sur la table, une rame de métro qui nous attend ou que l’on attend, des bruits et des cris dans la rue et la certitude d’une solitude qui ne nous laisse jamais tranquille… Mais qui nous emporte au-delà de nous-mêmes vers tous ces rêves perdus qui s’éparpillent en toute ville…Petits papiers envolés…

Il y avait, non loin du minuscule cimetière, à l’orée de la forêt, cette longue maison blanche sommeillante au creux de ses jardins parfumés. Peuplée d’horloges, de coucous qui ne sonnaient jamais à la même heure… Habitée de statues et de ...plantes, parsemée de fauteuils moelleux. Les noisetiers dansaient, ombraient de figures mouvantes le toit du poulailler. La petite porte de bois s’ouvrait en grinçant, dévoilait le petit chemin qui menait vers le pont et le ruisseau. Dans la rue, face à la grille blanche, passaient quelques tracteurs. On entendait le meuglement des vaches laitières dans la ferme d’à côté. Il faisait chaud. C’était l’été. Rappelle toi, les pièces étaient fraîches comme des oasis. Des statuettes figées, précieuses et insolites, venues de pays étrangers, ornaient les cheminées de marbre. Sur la table d’une chambre aux volets entrouverts, j’admirai les livres dont les reliures de cuir étaient incrustées d’or. Dans la cuisine, la vielle dame pétrissait la pâte à pain. La porte-fenêtre du salon était ouverte, le vent soulevait légèrement le rideau de mousseline. Et dans le grenier où nous pouvions parfois nous cacher et fouiller, il y avait de lourdes malles emplies de portraits, de manteaux de fourrure, de robes de soies et de satin, des gants de bal, des livres de prières et des images pieuses, des albums photographiques aux images jaunies. C’était le temps du calme et des vacances.
Il y a si longtemps maintenant. Je ne pourrai plus te montrer le vieux puits en ruine, au fond du grand jardin potager envahi de ronces, et, sous l’ombrage feuillu du tilleul, je ne pourrai plus m’asseoir et lire pendant des heures, à l’infini du soleil déclinant.
Ce temps est clos, scellé comme les mausolées. Juste au creux du souvenir, quelques odeurs de tartes et de pommes cuites, de sucre et de confitures chaudes. Quelques pierres moussues, des noisettes dans des paniers et des herbes qui s’entrelacent sur les grillages du poulailler.

ce qu'il me reste de Vorges











Vorges Avenue de Vincennes, des vacances inoubliables et magiques dans ce village de liberté et d'amour ;
 dans une maison blanche, en bordure d'une forêt ; le petit ruisseau, la porte de bois et le petit chemin de mousses et d'herbes, les pâtisseries Polonaises, les chansons, les promenades, et les rêves de l'enfance au rythme de la vie campagnarde et silencieuse de ce hâvre de paix situé tout près de Laon, au coeur d'un amour doux et protecteur.