lundi 31 décembre 2012

2013



Meilleurs voeux pour l'an 2013 ! paix Joie Bonheur Sérénité et prospérité !


mercredi 14 novembre 2012

Les danseuses à Bourbourg



Collage sur carton d'invitation d'expo.

Les trois filles, collage




Collage carte postale : Très belle photographie d'une dame blonde Gare St Sauveur expo oct. 2012 et les filles de M. Laurencin

la vie était douce...


La vie était douce à Pompéi


La vie était douce à Tchernobyl



Collages à partir des images du Musée des Beaux-Arts de Valenciennes, de celles du cirque d'Amiens saison 2012, magazine rose des vents et danse de Carolyn Carlson en 2012. 

Collages et dentelles





Quelques uns des collages réalisés avec les images des catalogues concernant les  publicités pour des théâtres, centres d'art ou musée de la région Nord ; Musée Beaux -Arts de Valenciennes, danse avec Carolyn Carlson, le cirque à Amiens, la Rose des vents, la Gare St Sauveur, l'expo "Trans"... Des boutiques de mode comme "le Printemps"ainsi que des découpages de magazines... Et je suis passée par le Musée de la dentelle à Calais donc j'ai craqué pour quelques "dentelures" 

dimanche 11 novembre 2012

Strange days...

http://the-strange-days.blogspot.fr/

Pour A.

" Et je me dis : je suis un enfant de Septembre,
Moi-même, par le coeur, la fièvre et l'esprit,
Et la brûlante volupté de tous mes membres,
Et le désir que j'ai de courir dans la nuit
Sauvage, ayant quitté l'étouffement des chambres. "

Patrice de La Tour Du Pin ; "les enfants de septembre


Photographie anonyme. 
Une branche craque. Les oiseaux s'enfuient, hautes envolées pour une terre sacrifiée. Quel chant s'élèvera ainsi, ici,  rares sont devenus les visiteurs. Il n'y a plus de miroir sur le mur où alors, je crois qu'il est brisé. Ce n'est pourtant pas un lieu de fantômes errants. Non, juste un cimetière d'hier, un endroit désert et déserté où s'accumulent les poussières et les feuilles.
Un lieu où les pas ne laissent pas d'empreintes. Un lieu dont personne ne se souvient. Que s'est il passé là il y a longtemps ? Qui a vécu entre ces murs délavés, offerts au vent, au soleil et au rire de la pluie ? Qui a chanté dans cette église désaffectée ? Comme une gare perdue. No man's land. Un nulle part sans personne. La cheminée ne fume pas.
Quelques enfants sauvages comme l'écrit le poète, quelques enfants perdus viennent jouer ; à cache-cache entre les graffitis et les racines noueuses des arbres exaltés.
Une porte entrouverte, béante, une fenêtre aux bras ouverts. Les autres sont absents. Une éternelle absence. Un vide s'insinue en nous. J'ai cette crainte qui se love en moi de gravir les marches de l'escalier. Vers quoi mène t'il ? Que trouverai je là haut ?

J'imagine une femme en robe blanche, un enfant penché sur la balustrade. C'est l'été, un bel été aux éclats d'or et de joie. Des paniers de fruits dans la cuisine.

Je vois une procession aux bannières bordées, la porte de l'église s'ouvre lentement. Des feuilles de laurier jonchent le sol de mosaïque.

Dans la chambre aux tentures lourdes et bleues, un vieil homme assoupi rêve. Il mange des fraises, assis sur le bord d'une route. C'est comme dans un film, tout ressemble à des images de cinéma.
Bientôt de ces ruines abandonnées jailliront des scènes de vie et de songe.

Peut-être que l'on aime vraiment les friches, les lieux perdus, car on explore sa propre intériorité, sa propre mémoire. J'aime ce qui est perdu, comme Peter Pan qui parle toujours des enfants perdus...  Peut-être que l'on se "perd" en ces endroits sans vie, sans humanité car on se plonge ainsi dans un état d'abandon. On devient réceptif. On se retrouve soi même  en arpentant ce qui n'appartient plus à personne. Aucune agression. Aucune présence. Soi même avec soi même.

Je pense à Tchernobyl, aux friches photographiées. Ici ou là bas. Partout ou ailleurs est toujours une part de notre âme. On dit que depuis que l'homme ne vit plus à Pripriat la nature devenue reine est majestueuse et féconde, un nouvel Eden. On dit que...

Et notre âme est vagabonde.

Petit oiseau solitaire sur le bord de la fenêtre. Vitre cassée. Jonchées de débris de verre. Il n'y pas d'ombres ici. Juste le reflet du ciel dans ton regard. Je regarde au loin. Une jeune fille assise non loin de la maison tourne la tête.

Tout est calme. Trop calme ? Je ne le crois pas. Tout est parfait. Entre les herbes et les feuilles scintillent les mots ensoleillés.  Pattes de chat gravées dans la poussière du salon.

Lumière de lune pour un étrange voyage. Etrangers dans la nuit, c'était une chanson que j'écoutais au coin du feu quand tombe la neige.

Croisées de cailloux et de fleurs. Les ronces sont figées. Je n'entends que le bruit de mes pas. Toujours un écho. Qui résonne. Lorsque tu parles, quand tu chantes dans les pièces de la maison, le ton de la voix monte très vite entre les murs vides. C'est un élan, une traversée du corps.

A l'oblique du monde : dans un intervalle de temps, une nouvelle danse, un autre rire, les éclats de la vie comme une belle joie naissante.

samedi 10 novembre 2012

Blog " the-strange-days "

Un blog que j'aime beaucoup... : http://the-strange-days.blogspot.fr/
et voici  des images de voyage en Italie.

les lieux oubliés, offerts à notre errance, à notre sensibilité, dévoilent ici leurs palettes aux coloris d'automne, un automne beau et chaud ; les pierres sont enlacées par les herbes sauvages. Tout parle dans ces images d'un état d'attente, de profonde symbiose entre le coeur de l'homme et la nature qui domestique les terres abandonnées. Cet endroit vierge, cette masion, cette chapelle me donnent envie ; j'aimerai être là, toucher le bois, sentir le parfum de la terre, ressentir en moi l'émotion qui nous enveloppe face à un endroit marqué par la mémoire. Verger de souvenirs, de poèmes qu ise dévident sur le sol, vitres fermées, portes arrachées, saison d'un exil.
Merci pour ce voyage, je reviendrai visiter ces images.

mercredi 24 octobre 2012

La terre outragée, film de Michale Boganim.



SORTI EN SALLE LE 28 MARS 2012




 «  Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierais, de même que dans l'amour…. Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié … Comme toi j'ai désiré avoir l'inconsolable mémoire, une mémoire d'ombre, de pierre. »
Hiroshima, mon amour. Marguerite Duras.

« Il y a 25 ans la vie était douce à Tchernobyl » Michale Boganim

J’aime ce film. Il s’inscrit en moi avec sa tourmente et sa beauté, ses ténèbres et ses amours. J’aime sa musique, ses paroles et la générosité de la cinéaste qui sait offrir une dimension humaine et juste à une vision d’apocalypse. Elle a su donner à l’exil involontaire une dynamique de vie et elle développe ainsi une réflexion authentiquement source d’amour, de compréhension, sur le thème de l'arrachement à ses racines, sur la perte de toutes choses personnelles ; au delà du désespoir, au delà de la mesquinerie, au delà de la survivance.
Ce film est un splendide témoignage, une leçon de vie.

 Michale Boganim dévoile de manière pudique et sobre  la souffrance du déracinement, de ceux qui ont du tout quitter lors de la catastrophe de Tchernobyl. L’accident nucléaire, dans ce film : « la terre outragée » est bien entendu fortement présent mais il me semble être plutôt le « canevas » où se brodent les vies des héros du film : personnages simples, humains, vrais dont les présences se croisent devant nous, s’entrecroisent, allant ainsi du passé au présent sur le fil du temps.

Dans la Zone, depuis la catastrophe, le temps est il le même que celui  qui régit le monde entier ? Là,  aux abords de  Pripiat. là où les animaux ont senti le danger avant toute la population, là où la vie des habitants a basculé dans une horreur encore incompréhensible, là où l’ingénieur mis au courant des événements par ses collègues commence à devenir fou…
Le temps est montré comme empreint de silence, de ce silence inexorable du nucléaire, un silence que les humains n’entendent pas mais que les animaux perçoivent.

Tout d’abord, on se rend bien compte qu'en parallèle de cette joie simple de la vie  que quelque chose se passe. Des poissons sont morts sur les berges du Pripyat. Les animaux s'affolent, les arbres meurent. Mais les êtres humains ne voient rien, n'entendent rien. Se passe t'il réellement quelque chose ?


Le tout début de la première partie du film est clarté, lumière, joie de vivre et bonheur ; une forme d’opulence montre ceux qui sont « les privilégiés »,  ceux qui travaillent pour la Centrale, et quand tout s’effondre, lorsqu’il il faut partir en laissant sa mémoire derrière soi, on se demande ; «  qui comprend vraiment que tout est terminé ? » Que jamais plus rien ne sera comme avant ? Qu’il faudra vivre, persister à vivre, à s’en déchirer les tempes en pensant à tous ces morts, en partageant avec les disparus, les fantômes, en ne pouvant oublier, en étant enclos dans les souvenirs.
Survivre : vivre au-dessus de la catastrophe ; vivre en  périphérie de ce qui a détruit l’émerveillement, la tendresse et le bonheur quotidien.

Ce film est terriblement humain et poignant ; il nous plonge au cœur d’une déchirure qui ne se referme pas, d’une plaie que rien ne pansera.
Comment être là, présent, travailler, manger, boire, danser et aimer quand un jour, tout a sombré à cause de la folie de deux hommes, à cause d’une inconscience. Car on ne savait pas, personne ne savait ce qu’était vraiment le Nucléaire. Ni que le gouvernement communiste mentirait et attendrait trois jours avant de réagir.
L’apocalypse a eu lieu, là sur cette terre de l’oubli, Absinthe, « Tchernobyl » où personne ne peut oublier. Et ce train qui n'arrivera plus jamais, qui ne part plus jamais, les rails rouillent entre les herbes folles.

Michale Boganim nous permet d’explorer la désespérance et également l’espérance de l’humain dans les moments d'exil, l’exil terrible de ceux qui n’ont pas choisi de partir, de ceux que l’on a arraché à leurs existences et, qui sans fin, veulent revenir à leurs racines. Ailleurs est toujours trop loin ; là bas ce n’est pas chez moi, ce ne sera jamais ma terre,  ma maison, mon appartement, mon jardin, mon pommier.


Le récit du pommier, lu en classe par l’adolescent qui a perdu son père ce jour d’avril 1986, et qui a grandi en n’acceptant jamais qu’il soit mort, est poignant. Valéry est resté « enfant » il est demeuré comme cristallisé, comme enfermé sur ce moment  de la plantation de son pommier avec son père.  l’enfant grandissant se bat avec ceux qui se moquent de lui et disent qu’il brille ! Il grandit en gardant au fond du cœur la certitude que son père est vivant ; Lorsque l’on n’a pas vu mourir un être proche, il est si difficile de l’imaginer mort, enterré, oublié. La fuite de Valéry dans la forêt, son errance dans la ville abandonnée sont impressionnants de candeur ; j’avais envie terriblement de marcher avec lui, de ramasser cette poupée, de dormir dans ce lit.

Qui est donc la petite fille qui court ? qui joue ? Qui chantonne ainsi dans les rues de Pripiat ? un fantôme, une survivante ?
Qu’est donc devenu le père ingénieur qui semble errer depuis 10 ans ? Est il vraiment mort ou est il vivant ?
Pourquoi Anya ne peut elle partir ?
Pourquoi la mère d’Anya pleure t’elle le jour du départ de Pripiat alors que la population pense revenir très vite ?
Pourquoi ces ouvriers retournent t‘ils vivre dans la zone quinze jours par mois ?
Pourquoi la mère de Valéry est elle persuadée que son mari est mort ?

Tant de questionnements qui incisent le cœur de ceux qui regardent ces images. Elles s’impriment en nous, y demeurent et y parlent, racontent. La voix de la jeune mariée chante longtemps en notre âme.

On se prend à dire aussi «  sviatej pamiat » « mémoire éternelle »  pour tous ces morts figés et gravés sur ces stèles issues du communisme quand les  démesures politiques apparaissent encore plus flagrantes et les mensonges encore plus hideux.

L’insouciance, la beauté, l’ innocence, la jeunesse ont disparu de la terre riche et profonde, cette terre  Ukrainienne de Tchernobyl. "Voyage Voyage..."ce refrain que l'on connaît tous et qui nous emporte, des ailes de rêve, un accent slave,  une chanson de variété qui donne le désir d'un départ choisi.

l’invisible qui tue a été reconnu, identifié ;  ce qui était  intouchable est devenu proche de l’homme.
L’exil de la population évidemment rappelle l’arrachement des familles juives lors de la seconde guerre mondiale, la déportation des Arméniens, l’exode de Moïse et tant d’autres exils involontaires qui hantent notre humanité, l’histoire de notre monde.

«  Pardonne-moi, comme pris dans le brouillard,

Je me blottirai contre ton manteau

Et dans le raide tissu noir

Je chercherai un froid si grand,

Et la si douloureuse renaissance

De ma jeunesse mortelle,

Que la destruction d’Hiroshima

Ne sera pas plus atroce que tes harmonies.

Alors je tends les mains en avant

Et me mets en route vers toi, qui m’aimante.

Et sur terre —
« Dans les derniers tourments,
Mon âme s’afflige ».

Arséni Tarkovski. Poèmes. 1959

«  Pluie noire » sorti en 1989, du cinéaste Japonais Shōhei Imamura, ne peut être occulté ; il est impossible d’ éviter la comparaison avec ce film qui relate une autre catastrophe nucléaire et l’histoire d’une petite fille. C’est pareillement le lieu du Désastre, d’une catastrophe écologique et humaine. La pluie  tombe, aux gouttes qui s’écrasent, sombres, lourdes, venus de nuages opaques et gris. Cette  pluie qui fixe la densité de l’irradiation.
Je pense aussi à  cette petite fille qui se regarde dans un miroir, à la grange qui brûle et à la foret dans « le miroir » d’Andreï Tarkovski.
Les gouttes charbonneuses auréolent d’une sombre perspective l’avenir. « Hiroshima, mon amour » de Duras et Resnais est également présent dans ce film. On ne peut l’oublier. Ainsi que Stalker de Tarkovski, film prémonitoire.

 La petite fille dans le jeu des regards et des miroirs ; les pommiers fleuris ; la cabane en bois, les isbas tranquilles. Les cages d’oiseaux, oh ! comme ces oiseaux enfermés symbolisent la vie des exilés.
 la poésie est présente, c’est un récit très poétique ;  le chant qui redonne confiance, la beauté de la nature renaissante, splendide dix ans après la catastrophe ;  les regards de l’enfant et de la mariée qui se trouvent au travers d’un voile, puis se trouvent et se retrouvent, au hasard du temps ; les pommes splendides cultivées et récoltées, croquées par la belle Anya. "Non, tu n'as rien vu à Hiroshima".
Mais ici pas de chambre des désirs. Les désirs sont morts, étouffés dan cendre. Une Pompéi à ciel ouvert.

Les amoureux chantent, la vie s’anime encore dans les cœurs et… Pourtant, on découvre  dans la deuxième partie de ce film la lassitude, l’abandon à ce qui n’est plus ; une lancinance ; une forme de « dansa macabre » ou les vivants cohabitent avec les morts.
Il n’est plus question d’émerveillement, d’ enthousiasme, de joie du peuple. Un poids pèse sur les corps comme pèse le sarcophage sur le réacteur. On n’entend plus non plus ces voix  dans les micros qui exaltent le parti politique. Tout est plus gris, plus triste. Un No Man’s Land. Une terre dévastée. Une terre de sacrifice. 

J’avais lu « la supplication » de la journaliste Svétlana Alexievitch qui a inspiré le film de Michale Boganim et qui, dans son ouvrage, interroge les rescapés ; «  ils ne parlent pas de Tchernobyl mais du monde de Tchernobyl, justement de ce que nous connaissons peu, de ce dont nous ne connaissons presque rien. Une histoire manquée: voilà comment j'aurais pu intituler ce livre (...) Je m'intéressais aux sensations, aux sentiments des individus qui ont touché à l'inconnu. Au mystère. Tchernobyl est un mystère qu'il nous faut encore élucider. C'est peut-être une tâche pour le XXIeme siècle. »

Le passé est mort à jamais ce jour d’avril 1986. Et pourtant la phrase d’Anya résonne sans fin :

« Le passé est un pays étranger qui ne me laisse pas partir »




Les survivants sont devenus des témoins. Ils portent la mémoire d’hier, retransmettent. Anya est guide interprète et la Zone offre son spectacle aux touristes curieux, apeurés ou téméraires. Les bus se succèdent dans Pripiat, dans Tchernobyl. Les voyageurs photographient, photos souvenirs d’une tragédie scellée qui se dérobe à l'entendement ; ce qui intéresse les gens, les visiteurs, c’est tout ce qui est resté là, au milieu des décombres ,des ruines, au coeur de  la fuite des radiations,  les endroits vides et sans vie, ces déserts d’errance, semblables aux camps de concentration, aux camps d’internement.
Les gens veulent toucher les lieux de la misère et de la tragédie. « Ca se visite, ça se raconte, ça s’achète."
Cette démesure inhumaine apparaît malgré tout nécessaire car ne faut il pas ne pas oublier ? Ne faut il pas témoigner ? Pour que cela ne recommence jamais.

Et pourtant…
On a dit que cela avait déjà recommencé.

Véronique Guerrin


lundi 24 septembre 2012

Périphérie du singulier Remi Guerrin Amiens



Rémi GUERRIN

EN RÉSIDENCE AU Carré Noir Le Safran / Amiens 

EXPOSITION "Périphérie du singulier " 

DU 28 SEPTEMBRE AU 09 NOVEMBRE 2012 

Vernissage le 28 septembre.

« J’aime progresser suivant l’intensité de la clarté: les espaces, les ombres, les éléments deviennent partie- prenante de la mutation du terrain, de ce que je regarde. Mon travail est orienté sur la transformation d’un territoire en une image simple.  Je me situe lors de ma recherche dans un temps et un lieu particuliers, qui m’imposent leur équilibre et leur transparence.
L’image photographique enregistre un espace conjoint à un vide sur une étendue réduite. Fractions de paysage. Fragmentations de mémoire : repérer, observer, analyser et cibler la diversité des paysages de l’environnement personnel, proche. Lire ces paysages avec les yeux. Puis les écrire.
Minéraux, végétaux, matières, formes … Tout ce qui est présent élabore avec l’imaginaire une dimension artistique de l’image.
Déterminer la mémoire et son impact ;  Le territoire est prétexte à études. Le lieu est aussi un endroit primitif, un espace de jeu, de récréation. Tout lieu peut être vu ainsi.  Expérimenter le rapport à l’espace par la trace, la cicatrice, la marque. Une temporalité spatiale perturbée par un décalage. Changer de perspective, se déplacer lentement. Aller au plus profond de l’image, au cœur de sa structure, au centre de son identité.
Les procédés primitifs que j’utilise (cyanotypes, tirages au charbon) me permettent de rendre plus abordable, plus visible ce que je ressens. Travailler au rythme des saisons, en questionnant le paysage comme présence, appréhender l’échelle des choses en inscrivant la place et la trace de l’homme dans son contexte territorial, arpenter, explorer ce qui est fragile et presque imperceptible ».

Remi Guerrin








http://remi-guerrin.blogspot.fr/2012/02/elodie.html







vendredi 24 août 2012

Tatiane Roy, Vézelay


"Tu ne connais de la mort
que l’hésitation
C’est à l’effacement qu’elle t’appelle
Pour donner forme
A l’insondable présence





Celui qui marche
Dans le silence
Traverse le souvenir de son ombre


Vers les rives du fleuve jaune
m’emporte le rêve du jour

Tout se tait
les feuilles, les vents
et les oiseaux aux plumes d’or

Et moi aussi,
je suis sans parole 

jeudi 23 août 2012

Tatiana Roy, la dame du haut de Vézelay


«  L’ombre n’existait plus ni mon ombre à moi
absente et présente à la fois
est ce là une âme explorant le seuil de l’au-delà
et traversant à gué sept fois le Styx
qui mène à l’après vie ? »

 Tatiana Roy

« Ne restera qu’un peu de vent »
 Poèmes
 Éditions l’or des étoiles à Vézelay



Les 2 roses rouges. Damis G.


Non loin de la Cordelle :  petite chapelle des Franciscains, sur le chemin qui conduit à Asquins,   un vieil homme raconte la légende de la grotte des sept dormants d’Ephèse. Il se tait un moment puis ajoute : « c’est là que reposait le corps de Marie de Magdala et les dormants veillaient sur elle ».
Qui veillera sur Tatiana dans le cimetière de Vézelay ? Il ne faudra pas oublier de porter deux roses maintenant car Jules Roy n’y est plus seul.
Cherchez la belle d’en haut, sur la colline, entre les murailles et les jardins suspendus. Dans la basilique, les reliques de Marie Madeleine sont enchâssées dans l’or. Sur un banc, j’ai trouvé un vieux réveil, il était 15 heures trente. La dame du haut, mélodieuse, s’en est allée vers les Hespérides où elle  dansera, où elle écrira des poèmes.
Les feuilles ne tombent pas encore ; après-demain sera le 15 août, nuit des étoiles filantes. Tatiana traversera les empires inconnus pour rejoindre les terres où vont l’accueillir ceux qu’elle aimait et qui l’ont précédée, là où « il n’y a plus ni peine, ni tristesse, ni gémissement, mais la vie éternelle».
Elle est seule pour l’instant, au profond du cercueil, dans la basilique où  les chants orthodoxes s’élèvent. Des touristes déambulent le long des travées, parfois leurs regards semblent interrogatifs. J’imagine des anges poètes et je vois des lettres, des mots en procession sur la rive du grand départ.
Une roue de joie, les poèmes s’éveillent, les écrivains qui vécurent ici sont venus accompagner celle qui sera ensevelie tout à l’heure en plein soleil. Les lueurs des bougies tanguent. Des petits bouts de lumière arrachée à la nuit, à l’obscurité, à la désolation.

Des femmes se courbent vers le berceau où dort une fillette. Elles se taisent. Elles ont oublié leurs noms et leurs misères, les mortes idoles. Elles ont oublié le nom de la ville, le nom  des soldats blessés. La nuit était moite, les corps ensevelis sous les gravats remuaient de temps à autre. Des fumées épaisses palpitaient dans le sang de l’enfant. S’extraire à la souffrance de l’âme, oublier.
C’est une chambre de célébration où implorent les images figées dans leurs cadres dorés. C’est une chambre où il n’est plus possible de sortir de son songe, et l’on tourne en rond, dans un village où  les maisons penchent leurs murs inexorablement vers le cimetière, le vieux cimetière isolé aux tombes ravagées par les années.
Parfois, Tatiana se cache dans la pièce aux livres, elle se love au milieu des feuillets épars et elle lit, les histoires des enfants et les contes qui s’épuisent à l’infini. Les « Russes blancs » depuis longtemps ont rejoint les plaines ancestrales où voguent de fiers navires sur les eaux lourdes du sang impérial. Nostalgie de ces heures tragiques où le peuple slave versait ainsi vers les puits de la haine les richesses de sa culture et de son passé. Pourtant, il fallait lutter contre l’oppression, la peur ; la colère se déversait ainsi, longue plainte qui n’en finissait pas de s’éteindre et d’étreindre, se déplaçant  d’isba en datcha, et de datcha en château jusqu’aux lointaines frontières. Les nobles fuyaient, emportant dans leurs bagages des objets précieux, des reliques, des images saintes. Un saint moine l’avait prédit « il y aura tant de larmes et de sang que la terre ne pourra les contenir ».
Des convois sont passés cette nuit sur la route poudrée d’éclats d’obus où l’arbre brisé étend sa  chevelure de tourmente. Dans les charrettes, épars, quelques effets et des vivres. Vers quelle autre vie ? Vers quel ailleurs fuir ainsi ? Je sais là-bas la vieille femme qui pleure, je me penche vers elle. Femme des terres incendiées. Offrir ses larmes à la bise écarlate. Un homme, meurtri par l’indifférence, attend au bout de la route.
Tatiana porte en elle cette histoire et cette mémoire ; les chants et les couleurs sauvages ; les rires des fêtes sous les tilleuls en fleurs et les larmes des icônes recueillies dans des fioles scintillantes. Elle a toujours gardé ce sourire pétillant de jeunesse qui flotte dans son regard ; c’est ainsi que j’aime à me souvenir d’elle, le poète qui parle doucement et qui scande ses phrases de quelques gestes gracieux.
Elle garde au profond de son cœur la beauté, l’élégance des femmes entières et énergiques, à la plume qui court sur le papier. Elle vit entre livres, recueils et jardins.
Elle n’était pas exilée, ni réfugiée  parmi nous. Comme l’oiseau se pose sur le béton ou sur la pierre pour picorer quelques graines ; comme l’hirondelle farouche décrivant des courbes dans les nues ; comme la fleur aux pétales entrouverts, elle t’offrait quelques pépites inestimables, des mots qui deviennent des fraises, rouges et douces. Les fraises de mon pays sont si savoureuses, ici, elles ont beaucoup moins de goût. Elle était russe jusque dans la fibre invisible de son  origine, en cette « préhistoire de son histoire natale. »
Elle était infinité de méditations suspendues aux lèvres d’insolites conversations. Elle déployait des palettes éclatantes. « Ici repose » écrivait elle…
Elle patientait dans l’enclos des herbes envahissantes, marchait dans le vieux cimetière au gribouillis de croix cassées. Elle ramassait une pomme rouge dans le verger, riait en voyant s’enfuir le lapin blanc, tendait la main vers les pierres éclatées du rempart et caressait de ses longs doigts l’écorce noueuse des arbres.
À l’ombre de Marie Madeleine ses jours se terminèrent. Je pense souvent qu’elle disait « qu’il est triste de vieillir, de perdre sa beauté et sa transparence pour se parer de rides, d’amères empreintes. »

C’est un vieux cimetière dans la solitude des jours passés qui l’accueille, aujourd’hui,   auprès de Jules Roy ;  la tombe d’à côté est celle du couple Zervos. Un peu plus haut, Max Pol Fouchet…
Cherchez la belle endormie dans le jardin des morts. Elle est partie vers le miroir des jours anciens où l’âne Ulysse se tient sur la colline.
Je marche, suivant le cortège qui descend sur le chemin, je pense au linceul sur le corps menu, à un voile de noces et de nuages. C’était, en cette chaude nuit, l’ultime lune de la terre qui  palpitait devant sa fenêtre. Des parfums d’Asie, d’excursions. La mélopée du cygne. Tatiana était danseuse de ballet.
Sur la tombe, Des bouquets de fleurs: témoignage ; lys si blancs et roses odorantes.
Hier, c’était la neige, demain une autre rosée. Les chemins s’entrecroisent. La terre bientôt gèlera, mais tu ne seras plus là ; tu valseras, déployée dans le flot du vent. Non, ton corps n’est pas promis à l’oubli mais à une éternité d’aurore…
La dame d’en haut chevauche le cheval de la mort.
« Ah ! Si elle avait pu mourir ainsi sans masque de la mort, telle une rose dernière qui fane doucement dans son vase ! …
«  Chacun va vers la mort par ses propres voies. » écrivait Tatiana dans « l’âne sur la colline. »
Telle cette rose qui fane lentement, elle a vécu sur la colline, bien après que son époux soit mort ;  il lui avait offert un poème pour leurs noces dont voici un extrait :
« Salut, rose déchirée de mon coeur,
toi que j'ai réclamée à genoux dans les basiliques,
pour qui j'ai fait brûler des cierges et que j'ai cru
rencontrer sur les chemins de terre où je sifflais mon chien
Tu es celle qui comprend sans même besoin de parler
Et au-delà de ce que je dis quand je parle
Tu es celle que j'appelais du fond des âges de la voix des bêtes
blessées
Qui refusent la mort, l'âme de mon âme immortelle,
La nuit d'étoiles et la nuit de neige.
…. » 

La Lorelei de Vézelay est entrée dans l’indescriptible mémoire du monde, au sein de ce magnifique silence de l’après toute chose ; en ce mystère qui fait tressaillir.
Elle est entrée dans le chant parfumé de la belle Ophélie ; ses pas sont légers sur l’onde du Styx. Les fruits ailés de l’orme du sommeil l’accompagnent sur le chemin. C’est une Madeleine, une dame à la licorne, une princesse devenue invisible à nos yeux.
Elle demeure dans le rêve comme l’enfant au cœur de la nuit ; la porte s’ouvrira, au rayon tapant de la lune de minuit. Pour grincer, tourner sur ses gonds, dévoilant l’espace tendu de vide où l’on ne peut s’avancer tant que l’on est vivant.
Elle ira seule, choisissant cette image d’elle-même qu’elle aimait tant… Attentive, noble. Regard étonné, joyeux. Un corps en amorce de vagabondages, buissonnier ; Un sentiment de repos et de plénitude.
C’est ainsi que j’aimerai  me souvenir d’elle, la dame de la colline, blonde et gracieuse entre les chèvrefeuilles et les hirondelles de la fête de la dormition  quand son âme s’est offerte à ce moment où il «  Ne restera qu’un peu de vent ».




J'ai beaucoup apprécié l'hommage ému rendu par Lorant Hecquet à la dame au phoénix, la dame du haut ; l'oiseau de feu brûle au firmament du silence. et s'envole vers l'éternité.
la petite fille de Tatiana a parlé de sa grand mère avec des mots simples et doux, des souvenirs merveilleux qu'elle gardera toujours en mémoire avec sa famille, le témoignage d'une transmission de l'amour de la Russie, de la beauté, de la musique et de la danse.
Madame Lacarrière a lu les poèmes du dernier recueil de Tatiana. Les phrases suspendaient le temps, nouant les coeurs à l'âme, s'accrochaient aux branches des arbres et se déposaient dans le berceau des fleurs.

 L’office orthodoxe a été célébré par Père Stephen Headley accueilli par les moines et moniales de la Fraternité de Jérusalem dans la basilique de Vézelay. et assisté du père Nicolaï Tikonchuk. 
Tatiana Roy était l'une des fondatrices de la paroisse orthodoxe de Vézelay.

Véronique Guerrin




Marikana Tragédie






lundi 6 août 2012

le rêve d'Alice, collages


hommage à Lewis Caroll pour son oeuvre photographique



ce dernier collage en hommage à Joseph Sudek et Bernard Plossu